Depuis mon retour du Canada fin 2019, je n'avais plus fait de grand voyage. Pour cause, la crise du Covid et un tas d'autres raisons qui font qu'on s'enferme dans la routine. Bien sûr que je commençais à ressentir ce "manque" après 4 ans sans voyager : manque...

D’Instagram à la folie – Partie 3/3
D’Instagram à la folie – Partie 3/3
Si vous n’avez pas lu la 1ère partie, commencez par celle-ci !
Aux prémices des réseaux sociaux, le principe était simple : partager ses moments de vie pris sur le vif sur Instagram et rester connecté avec ses amis partout dans le monde sur Facebook. Ces petites startups en quête de capitalisation s’en fichaient royalement de notre vie. Derrière, l’enjeu était bien plus grand : la collecte de data et l’addiction à ces plateformes. Si c’est gratuit, c’est toi le produit dit-on. Et utilisant ces services de manière plus prononcée, nous mordions à l’hameçon et par ailleurs, nous donnions les clés de notre bonheur inconsciemment. Comment avons-nous pu passer d’un simple partage spontané à des doigts constamment en train de scroller sur notre smartphone dès qu’on a 1 minute de libre ? Cet article ne peut englober tout ce que je souhaiterai évoquer sur Instagram. Ici, on parlera de comment Instagram rend les gens presque déconnecté du monde réel avec l’appât du contenu, de la visibilité et de la popularité. Avant de démarrer, voici les chiffres impressionnants qui se génère par mois, par jour, par minute et par seconde.
DU CONTENU, DU CONTENU, DU CON !
Le problème sur Instagram, c’est qu’une fois que quelque chose fonctionne, tout le monde se jette dessus. Progressivement les publications s’uniformisent inconsciemment, nos goûts s’uniformisent. Instagram a uniformisé la notion du beau grâce à la tendance. Mais ici n’est pas mon sujet. Là, je vais parler de contenus, de ce jet abondant. Je suis ébahie quand j’entends « Ouais il faut que je fasse des photos, ça fait longtemps que je n’ai pas posté. », « il faut que je publie 3 fois dans la semaine » alors que ce n’est pas votre métier premier. Et c’est ainsi que tous devinrent leur propre Community Manager. Beaucoup de gens ont essayé d’être un influenceur ou de créer autant que les créateurs.
Cependant, un créateur travaille pour ça. Il dédie totalement son temps à son feed Instagram et montrent ses créations. (bien que certains se sentent obligés de montrer leur vie effrénée sans arrêt. Cependant d’autres restent discret sur leur vie sociale et c’est beaucoup plus agréable). On m’a dit qu’il fallait se fixer des objectifs afin de réussir. Je suis d’accord mais un photographe réussissait à être photographe sans Instagram par exemple. Un photographe était considéré comme un photographe sans avoir 7% d’engagement sur une photo. Les créateurs, notamment sur YouTube ou les comiques étaient attirants bien avant de détailler leur vie sur Instagram. Un freelance a toujours réussi à le devenir sans Instagram. Instagram contribue à la visibilité mais il n’est pas l’outil qui fait de vous ce que vous voulez être. Cependant avec cette folie, cette obsession à vouloir du likes, à se montrer, à “être actif pour montrer que vous êtes là” et cette soif de collaboration auprès des grandes marques pour percer en échange d’une somme dérisoire, on juge dorénavant la création, le potentiel d’une personne par les chiffres. Vous me direz que si quelqu’un fait des photos moches, évidemment qu’on ne va pas liker mais entre les fermes à likes, entre les pogs (groupe de personnes qui se réunissent pour liker entre eux les photos), les mutuals -parfois hypocrite – ( aka les gens qui se suivent mutuellement et aiment les photos juste parce qu’il y aura un like en retour ou que c’est leur pote) et l’automatisation du double clic de votre pouce, la justice n’est pas forcément juste…
DES CHIFFRES, DE LA RECONNAISSANCE
Maintenant que nous créons du contenus pour se sentir comme tout le monde et montrer que nous aussi nous avons une superbe vie, il y a la reconnaissance. Elle se ressent à travers plusieurs critères : de nouveaux abonnés, des commentaires et des likes. Tu n’as aucune crédibilité si tu n’as que 100 likes et donc ta reconnaissance est totalement dénuée de sens. Quel photographe / graphiste / modèle se contenterait de ce faible compteur ? Toutes ces interactions, c’est comme l’argent : plus t’en as, plus tu en veux. Et c’est là que cela devient presque ridicule. Et ceux qui te disent que les chiffres ne reflètent pas ton travail ont clairement raison.
Le problème, c’est qu’on sait très bien que, tout le monde s’en fiche de ce beau dicton. Et que celui qui te paraîtra le plus distant avec les chiffres sera lui aussi touché s’il n’atteint pas son nombre d’engagement espéré. Oui, même le monsieur « qui s’en fiche des likes car c’est juste des chiffres”, lui aussi ça le mettra en rogne de voir sa visibilité descendre.
Sur les réseaux sociaux, j’ai vu des gens demander sans scrupule qu’on « like leur taff car ils ont fait un gros boulot » ou qu’on « donne de la force à leur pote ». Et si on partageait simplement un travail sans cette demande de chiffres ? Je ne suis pas contre le fait de rappeler « de mettre un pouce vert si tu as aimé la vidéo » mais de là à demander ouvertement de s’abonner à quelqu’un juste parce qu’il « fait un truc fou », c’est trop pour moi. Je pense que ce qui m’a dérangé le plus, c’est la manière dont j’ai vu certains partages. Les partages pour faire découvrir un univers, je suis d’accord. Les partages parce que c’est votre pote ou parce qu’il fait un truc de dingue éloignent le sujet principal : s’abonner par plaisir. D’ailleurs, c’est ainsi que les pogs naissaient par la même occasion… Ces groupes sur un réseau social qui consistaient à ce que tous les membres aiment tous les nouvelles publications afin de faire grossir les chiffres.
“Or, comme nous l’avons vu lorsque nous avons analysé les hashtags, parmi les plus populaires reviennent les hashtags demandant une forme de reconnaissance : #follow, #followme, #tagsforlikes, #like4like. Ainsi, si partager une photo n’est pas un acte désintéressé, liker ne l’est pas forcément davantage. Encore une fois, ce n’est pas une généralité ou une règle absolue, mais un utilisateur aime une photographie avec l’espoir que l’Instagrameur lui « rende » ce like. Parfois, c’est une volonté clairement assumée avec le hashtag #like4like qui signifie littéralement « un j’aime pour un j’aime » (si tu aimes ma photo, je viendrais aimer une des tiennes), mais cela peut également être inconscient ou sous forme de souhait.“ (Source)
Le plus important dans la reconnaissance sur Instagram, c’est qu’il faut vraiment s’en détacher. Et si votre ami ne like pas votre photo, ce n’est pas forcément parce qu’elle n’aime pas, c’est aussi peut-être qu’elle a décidé de se détacher d’Instagram.
En très grande conclusion :
Il faut se rendre à l’évidence, c’est très dur d’accepter qu’un jour tes publications seront moins vues et que tout ton effort virtuel sera réduit en poussière. Finalement, c’est seulement virtuel et on sait très bien que le virtuel a une date limite. En tout cas pour les plateformes. Il y a ceux qui ont su s’arrêter en réalisant que le monde virtuel n’est absolument pas le reflet de la vraie vie, seulement un monde parallèle. Et il y a ceux qui ne jettent pas les armes. Petit ou gros compte, nous sommes tous sujets aux mêmes comportements, aux mêmes réflexions et aux mêmes émotions. Comme la mode, nous suivons ce qui fonctionne mais Instagram étant à l’échelle planétaire, c’est toute la Terre qui tourne aux mêmes destinations de voyages, de style de photos et de critères de beauté. Savoir prendre ce qui peut vous apporter et délaissez le reste est le meilleur conseil pour éviter de la déception. Cette animation montre les réseaux sociaux les plus utilisés. Des chiffres qui montrent bien qu’une plateforme peut disparaître d’un moment à un autre. Seule l’image, l’essence d’un réseau social perdure. Descendant de la télévision, l’image sur Internet est parfaite pour véhiculer tout ce que l’on veut. Et maintenant que nous, population, pouvons le faire, le phénomène peut commencer grâce à Instagram. Mais pour combien de temps encore ?
#ThursdayThoughts
— Larry Kim (@larrykim) June 13, 2019
📈 The most popular social media networks each year, by monthly active users.
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Fidèle au karma, je ne suis pas étonnée de voir les créateurs les plus modestes perduraient sur la plateforme. En plus de leur travail de qualité, on les recommande parce qu’ils sont avant tout humain aussi et qu’ils ne font pas la manche aux likes.
Instagram change à une vitesse incroyable. Le comportement aussi change. J’ai commencé à écrire cet article début 2019 et je le trouve déjà dépassé car de nouveaux comportements sont en vogue. Encore bon nombre de gens veulent percer car on vend le côté superficiel qui n’est pas la réalité d’un vrai créateur/influenceur. Qu’être « influenceur », c’est souvent lié à recevoir des cadeaux gratuits et à donner son avis (ou pas). Qu’en plus de ça, on a une certaine reconnaissance parce que « ouais gros, moi j’ai 11K ». Littéralement, je suis allée à une soirée avec des influenceurs pour promouvoir une marque, il y a des gars qui ne te regardaient pas car ils savaient que tu n’avais pas au moins 10K. Mais après tout, si des gens sont fortement attachés à cette vie virtuelle et à la superficialité qu’ils croient réelle, c’est leur vie et leur liberté. Ma seule crainte est qu’elle soit trop généralisée (est-ce déjà trop tard ?). Cependant, bon nombres d’internautes commencent à ne plus vouloir de cette exposition et de ce monde car une prise de conscience commence à s’installer. Et si vous en voulez encore, je vous propose ce mémoire québécois.
« Et le plus dément, c’est que nous nous sommes imposés cette servitude volontaire » _ Petit manuel pour dresser son smartphone de Guy Birenbaum
Merci de votre lecture !
